Une étude menée par le service d’ophtalmologie du CHU de Poitiers, publiée dans BMJ Open Ophthalmology et relayée début octobre 2026, montre qu’il est possible d’anticiper comment la myopie d’un enfant va évoluer sous verres freinateurs, et donc d’adapter plus tôt sa prise en charge.
Plan de l'article
Que dit l’étude du CHU de Poitiers ? #
Le travail a été coordonné par le Pr Nicolas Leveziel, chef du service d’ophtalmologie du CHU de Poitiers. Les chercheurs ont exploité des données pseudonymisées fournies par le réseau d’opticiens Krys Group, portant sur 723 enfants équipés de verres de freination de la myopie.
Grâce à une méthode statistique qui regroupe les enfants selon la forme de leur courbe d’évolution, l’équipe a isolé trois trajectoires distinctes, détaillées par L’OL Mag, le média des opticiens.
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Trois trajectoires de progression
| Profil | Évolution moyenne observée |
|---|---|
| Stabilisation | -0,05 dioptrie par an |
| Progression modérée | -0,31 dioptrie par an |
| Progression persistante | -0,58 dioptrie par an |
Selon les chiffres communiqués par Krys Group, 49,8 % des enfants traités avaient une progression moyenne inférieure à 0,25 dioptrie au bout d’environ trois ans, et 41,9 % une évolution inférieure à une dioptrie. Les 8,3 % restants ont connu une progression rapide, de l’ordre de 1,8 dioptrie sur trois ans.
Pourquoi c’est une avancée pour les familles #
Jusqu’ici, la stratégie la plus courante consistait à équiper l’enfant de verres freinateurs, puis à constater au fil des contrôles si la myopie ralentissait. Quand ce n’était pas le cas, on avait parfois perdu un ou deux ans.
Or le temps compte. La myopie de l’enfant s’aggrave pendant la croissance du globe oculaire, et c’est pendant cette fenêtre que les traitements de freination ont un intérêt. Repérer d’emblée les enfants à risque de mauvaise réponse permet de renforcer le traitement plus tôt.
Le groupe d’opticiens résume l’enjeu dans son communiqué : l’étude « démontre pour la première fois qu’il est possible de prédire la réponse d’un enfant aux verres de freination ». Une affirmation qui reste à confirmer par d’autres équipes, mais qui ouvre la voie à un suivi plus personnalisé.
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Quelles pistes pour les enfants qui progressent vite ? #
Le signal d’alerte retenu par les chercheurs est simple : une progression supérieure à une dioptrie par an avant tout traitement. C’est le profil qui répond le moins bien aux verres freinateurs utilisés seuls.
Pour ces enfants, les auteurs évoquent deux options : des verres de nouvelle génération en première intention, ou l’association de verres freinateurs classiques et d’un collyre d’atropine faiblement dosé. Pour une progression inférieure à une dioptrie par an sans autre facteur de risque, les verres de freination permettent souvent de contrôler l’évolution.
Ces orientations relèvent de l’ophtalmologiste. Le choix du traitement dépend de l’âge, de l’histoire familiale, de la mesure de la longueur axiale de l’œil et du rythme de progression constaté lors des consultations successives.
Un mois d’octobre chargé en alertes sur la myopie infantile #
L’étude poitevine tombe au moment où plusieurs pays européens tirent la sonnette d’alarme. En Belgique, l’association professionnelle des opticiens et optométristes (APOOB) a profité de la Semaine de la vision pour estimer que près d’un million d’enfants belges pourraient être myopes d’ici 2050, comme le rapporte La Libre Belgique.
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En Espagne, le Baromètre de la myopie infantile, réalisé par la Fondation Alain Afflelou avec l’Université Complutense de Madrid sur des données de 2024 et 2025, chiffre à 26,4 % la part des enfants de 5 à 7 ans myopes, selon Actusanté.
Ce baromètre observe une myopie plus fréquente chez les enfants qui passent plus de trois heures par jour en vision de près (20,7 %) que chez ceux qui y consacrent deux heures au plus (14,8 %). Les auteurs parlent d’une association, pas d’une preuve de cause à effet.
Les bons réflexes à la maison #
Les recommandations relayées par les professionnels belges et espagnols se recoupent. D’abord, le temps passé dehors : l’APOOB conseille au moins deux heures par jour à l’extérieur, en plus de pauses régulières pendant la lecture, les devoirs et les écrans.
Ensuite, la vigilance sur les signes d’appel : un enfant qui plisse les yeux, voit flou au loin, peine à lire le tableau, se colle aux écrans ou se plaint de maux de tête doit être examiné.
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Enfin, le suivi. Un dépistage précoce puis des contrôles réguliers chez l’ophtalmologiste permettent de mesurer la vitesse de progression, le critère que l’étude de Poitiers place désormais au centre de la décision.
Questions fréquentes #
À quel âge faut-il faire contrôler la vue de son enfant ?
Les dépistages sont prévus dans le suivi de santé de l’enfant, mais tout signe d’appel (yeux plissés, vision floue de loin, maux de tête) justifie une consultation sans attendre.
Les verres freinateurs corrigent-ils la myopie ?
Ils corrigent la vision comme des lunettes classiques et visent en plus à ralentir l’aggravation de la myopie. Ils ne la font pas disparaître.
Comment savoir si mon enfant progresse vite ?
Seules des mesures répétées chez l’ophtalmologiste permettent de calculer la progression annuelle. Le seuil d’une dioptrie par an est celui retenu par l’étude de Poitiers.




